J'ai parlé de mon maître, Papaji, à de nombreuses reprises, dans une infinie variété de situations, et pourtant je n'ai jamais réussi à dire qui il est. Tout ce que je peux dire à son sujet se base en fait sur ce je connais de lui et se fonde sur des souvenirs d'expériences ou d'événements. Les événements de sa vie ne sont pas qui il est, pas plus que les événements de votre vie ne sont qui vous êtes.
Qui est Papaji, en réalité, c'est ce que vous êtes. Cette reconnaissance, c'est la promesse qu'il m'a faite. Il la tient continuellement, de plus en plus profondément à chaque instant, et il utilise cette forme, Gangaji, pour vous offrir cette promesse. L'offrande, c'est de savoir qui vous êtes, de reconnaître ce que vous êtes déjà.
Par mystère, Papaji s'est éveillé très jeune à la vérité de qui il était. Par un plus grand mystère, il fut mené au pied de son gourou, Ramana, afin que la révélation profonde de la vérité de sa nature réelle puisse être confirmée et perpétuée infiniment.
À l'âge de seize ans, Ramana eut une profonde prémonition de mort. Plutôt que de fuir cette expérience, il choisit simplement d'explorer la mort, de s'allonger physiquement par terre et de poser la question : Qui est celui qui meurt? Il ne recherchait ni réconfort, ni réponse facile, ni soulagement, quel qu'il soit. Il ne cherchait que la vérité. Parce que son intention était pure et son investigation sincère, il s'éveilla à la vérité de son être. Ce fut un immense éveil.
Il reçut plus tard le nom de Ramana de la part des gens qui commençaient à s'assembler autour de lui pour s'abreuver de son éveil, pour s'éveiller au contact de sa grâce. L'un d'entre eux était mon gourou, H.W.L. Poonja (Papaji), un ancien officier de l'armée du Punjab, qui vint trouver Ramana pour exiger qu'il lui donne tout ce qu'il avait.
Papaji lui demanda : « Peux-tu me montrer Dieu? »
Ramana répondit : « Je ne peux que te montrer qui tu es. Les dieux naissent et meurent. Mais ce que tu es est éternel. »
À cet instant, ce que Papaji avait entrevu quand il était petit garçon lui fut confirmé.
Quand je me suis retrouvée devant chez Papaji, je me suis abandonnée à une énorme force de la Nature qui révélait la même force à l'œuvre en moi. J'étais enchantée de tomber en prosternation à ses pieds, de baiser la poussière de ses pieds, de demander la permission de rester assise auprès de sa porte, à la balayer pour le reste de mes jours. Mais quand il a vu quel genre de ménagère je suis, il a décliné mon offre. Alors je lui ai demandé de se servir de moi comme il voulait, sans idée de limite, de restriction ou de condition aucune. Il a choisi de m'utiliser pour aller à votre rencontre.
Lors de ma rencontre avec Papaji et quand je l'ai accepté, il m'a présenté son gourou, Ramana. Papaji m'a dit que ce nom, Ramana, signifie « ce qui demeure dans le cœur de tout être ». Il ne s'agit pas de quelque chose qui prenne une forme indienne ou américaine, orientale ou occidentale, qui réside dans le passé, le futur ou même dans le présent. Ce qui demeure dans le cœur de chaque être englobe tous les temps, tous les espaces, toutes les réalisations.
L'investigation du soi: voilà l'invitation vivante offerte par le pouvoir et la grâce de Ramana, à travers Papaji et directement jusqu'à vous. En me rencontrant, en m'acceptant, vous faites la rencontre de mon gourou, Papaji. Si vous m'écoutez et que vous explorez ce que je dis sans l'accepter ni le rejeter, vous l'entendrez, lui. Si vous l'entendez, vous verrez Ramana. Et Ramana est ce que vous êtes.
Le message que mon maître a pour vous, c'est : « Arrête. Sois tranquille. » Quand l'esprit parvient au repos, il n'y a pas d'esprit. Il y a transparence. Il n'y a aucune obstruction, aucun voile entre vous et vous-même.
Arrêter de maintenir le mensonge de ce que l'on pense être, c'est la mort. La même mort que celle qu'a rencontrée Ramana à l'âge de seize ans. Cette rencontre avec la mort, qui s'est produite dans une maison du Sud de l'Inde en 1896, voilà le cadeau que Ramana et mon maître vous offrent. En vérité, c'est le cadeau que vous fait votre propre cœur, l'offrande du satgourou, le véritable gourou, l'immense et indéniable puissance qui est ce que vous êtes.
Cette force, elle n'appartient ni à vous, ni à Gangaji, ni à Papaji, ni même à Ramana. Elle n'appartient à personne mais elle n'existe séparément de personne. Reconnaître cette force, célébrer cette force et, finalement, offrir toute sa vie cette force, voilà ce qu'enseigne le satgourou: le véritable gourou qui demeure dans le cœur de tout être. |